dimanche, 16 décembre 2007
L’Esprit de la Rose+Croix
Rose+Croix, quel nom, quel mouvement, quelle société initiatique en Europe, et ce depuis plusieurs siècles, aura suscité plus d'interrogations et généré plus de questions et de mystères que celui-là ? Comment expliquer la fascination, l'engouement et la curiosité du public à l'égard d'une étrange et insaisissable « Confrérie » dont on ignore, encore aujourd'hui, qui sont ceux qui en furent précisément les véritables maîtres, qui sont les insaisissables personnages qui présidèrent à sa constitution et organisèrent, avec grande prudence et un sens élevé du secret, sa discrète diffusion. On ne peut qu'être étonné, en effet, devant l'apparente modestie des moyens qui furent employés par les Rose+Croix, au XVIIe siècle, pour signaler leur existence à leurs contemporains, soit, en Allemagne, quelques textes, sous forme d’opuscules habilement rédigés d'un ton sentencieux et à l'accent peu commun, ou, en France, un libelle judicieusement placé, en 1623, devant l'œil des passants à certains endroits stratégiques de la capitale, et l'extraordinaire rayonnement et surprenant prestige dont bénéficia par la suite cette curieuse « Fraternité » qui fit naître les rêves les plus fous, et enflamma les imaginations un peu vives. Enormément de choses ont été dites et écrites sur le sujet, à ce point d'ailleurs, qu'au lieu de faire la lumière, l'abondance des jugements contribua, sans aucun doute, à obscurcir plus encore la question plutôt qu'elle n'aida à sa nécessaire et souhaitable compréhension. Intriguant les historiens, attirant les esprits désireux de pénétrer les obscures arcanes de la véritable science des sages, inspirant artistes et musiciens dont, en particulier, Erik Satie (1866-1925) qui composa entre 1891 et 1892 une série de pièces pour piano, « Le Fils des étoiles », les « Trois Sonneries de la Rose+Croix » et le « Prélude du Nazaréen », alors qu'il était lié à « l'Ordre de la Rose+Croix du Temple et du Graal » fondé par le Sâr Joséphin Péladan (1858-1918), parfois nourrissant même la méfiance et la distante prévention, il faut bien avouer qu'il est extrêmement difficile, pour ne pas dire quasiment impossible, aussi bien au simple lecteur qu'à l'érudit, de parvenir à une juste perception de ce très curieux courant spirituel, et de s'en constituer une idée exacte et assurée. L'histoire des Rose+Croix est, il faut en convenir, de par le mode propre d'existence des sociétés secrètes, difficilement accessible et peu lisible, d'où l'intérêt d'un petit guide « ouvrant » la voie, et éclairant les principaux aspects d'un engagement qui fut celui de nombreux esprits qui marquèrent leur temps, et surtout se signalèrent dans l'histoire par des positions originales du point de vue doctrinal, éthique et spirituel. Il est vrai que l'on est souvent surpris, à juste titre, devant les noms de ceux, alchimistes, philosophes, théologiens, savants, etc., qui, de près ou de loin, appartinrent ou côtoyèrent la secrète « Fraternité », épousant son message d'amour évangélique, d'ouverture et de tolérance religieuse qui la caractérise dans son exigence de vérité, et, parallèlement, la distingue dans ses positions de principe. La volonté, qui fut partagée par ses hommes de prière et de sincérité, de travailler, sans bruit et dans l'intime, à l'établissement d'un monde qui pourrait puiser en abondance à la source du christianisme authentique, c'est-à-dire un christianisme intérieur, proche du cœur, là où Dieu parle à l'âme et où l'âme parle à Dieu dans le silence et la paix, comme, également, leur foi affichée et affirmée dans la puissance transformatrice et purificatrice des vertus théologales de Foi, Espérance et Charité, tout cela est, à l'évidence, de nature à nous donner une image renouvelée et accueillante des possibilités enfouies en l'homme, image qui contraste, fort heureusement, avec le triste et éprouvant spectacle que donnent à voir, dans leurs œuvres, toutes les générations successives des enfants d'Adam qui reproduisent, hélas ! d'âge en âge, le crime de notre premier parent selon la chair, avec un visible empressement et une incroyable inconscience.

On doit donc sérieusement considérer que la connaissance de la pensée des Rose+Croix est du plus haut intérêt pour ceux qui cherchent ardemment les germes de la Vérité, et qui attendent que s’épanouissent enfin les semences supérieures qui résident dans le centre de l’âme ; heureux êtres bénis qui n'ont pas perdu espoir dans les hautes capacités qui ont été placées dans le tréfonds de l'esprit humain. Pour ceux qui participent de ce petit nombre, choisi et réservé, nous pouvons en être persuadés, il leur sera toujours offert de contempler le sens véritable de la « Rose » et de la « Croix », et surtout de célébrer, loin des regards profanes, l'éternelle union de ces deux symboles en plaçant au centre du bois où fut cloué le divin Réparateur, la fleur mystique que l'on dit représenter les promesses de l'Alliance, le sang versé par Notre Seigneur lors de la consommation de son sacrifice, la céleste rosée de notre Rédemption, la coupe du salut, ainsi que l'ineffable figure de l'éclosion surnaturelle de l'Homme dans le sein du Dieu d'Amour, de manière à ce que ne cessent de se consommer, dans l’invisible lumière du cœur, les sublimes noces de l’âme et de l’Agneau Divin. »
(extrait, avec l’aimable autorisation de l’auteur, de : J.-M. Vivenza, Le B.A. BA des Rose+Croix, Pardès, 2005).

Conférence:
16:10 Publié dans Conférences, Esotérisme | Lien permanent | Commentaires (37) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rose+Croix, Esotérisme, Réflexion, Occultisme, Littérature, franc-maçonnerie






















