lundi, 07 mai 2007
Suite de notre entretien avec Thierry Jolif.
Saint Grégoire Palamas
Pourquoi l’Orthodoxie?
Autant me demander: "pourquoi choisir la vie?"; mais la réponse serait, sans nul doute, un peu courte.
J’ai été baptisé dans l’Eglise catholique romaine deux mois après ma naissance, soit la veille de la Noël catholique mais, si je suis, pour ainsi dire "né chrétien", il me faudra de longues années de patientes recherches, de crises et de méditations intérieures pour entr’apercevoir enfin la Lumière du Christ. Mon itinéraire à travers l’approfondissement des religions anciennes, des questions d’ésotérisme, de tradition, tout cela sur un plan, finalement assez rationnel à fini par se rencontrer avec “l’inspiration spirituelle”, il a fallu une certaine synergie interne pour que l’évidence éclate dans ma tête et dans mon cœur …
Par ma “fréquentation” du corpus guénonien j’avais vraiment cette notion de "tradition", ainsi que celle de "filiation", chevillée au cœur …, j’avais aussi une soif très réelle de "ritualité" authentique, ni archéologique, ni pédante, alors, étant sans doute “mûr dans l’esprit”, lorsque j’ai véritablement "rencontré" l’Orthodoxie tout semblait précisément et exactement à sa place. En outre, cette rencontre eu lieu en la personne d’un prêtre, très bon et très doux, qui connaissait intimement lui-même le cheminement qui était le mien, et qui, de plus, se trouvait avoir de parfaites et excellentes connaissances de ce qui fut un jour l’Eglise "celtique" … Il y eu, bel et bien, une convergence préparée qui, logiquement, me menait vers la demeure qui devait être la mienne.
Pour revenir sur l’idée de "tradition", qui fut, bien évidemment un guide pour moi, je découvris aussi que l’Orthodoxie insiste encore aujourd’hui sur ce lien herméneutique qui tisse une convergence entre paradosis, "tradition" et paradisos, "paradis" et qui, de par cette "origine" permet aussi de considérer le christianisme comme la couronne des religions et traditions antérieures, une idée qui me tient vraiment à cœur …
En outre, dans ce cas précis la "tradition" ne peut en aucun cas être “soupçonnée” de n’être qu’un alibi pour un "traditionalisme" passéiste et rigoriste, ou être confondue avec une sorte de formalisme de la "coutume". Il s’agit, véritablement, d’un lien avec l’Autre Monde, le Monde d’avant la chute qui est l’image parfaite du Monde céleste qui, lui, demeure inchangé, immuable et pur. Dans l’Orthodoxie la "tradition" s’épanouit entièrement, non seulement l’idée de tradition mais, bel et bien, également tout ce qu’elle porte en elle, l’Eglise des premiers siècles bien sûr, la théologie mystique, l’enseignement subtil sur la "cosmogonie", sur les Temps Derniers … tout cela est présent, d’une présence effective. Mais surtout, l’Amour du Christ, la Glorification de Dieu, la Présence de l’Esprit Saint, ce legs là est totalement "actuel" et il s’incarne dans une spiritualité sobre, vécue quotidiennement dans la communion spirituelle des moines, du clergé et des fidèles. Cette incarnation est rendue possible par cet équilibre complexe et fragile entre la rigueur et la netteté de l’enseignement théologique et la beauté vibrante des Liturgies.
Chaque Liturgie, chaque office, est source d’enseignement. Pour moi, rien ne symbolisme mieux cette incarnation de la foi et de la tradition, puisque, en effet, ces Liturgies sont très anciennes, fort peu "remaniées" depuis plusieurs siècles, et tout à la fois elles sont ce qui existe de plus "actuel", elle sont répétées depuis des années et des années partout dans le monde, presque chaque jour et pourtant elles sont à chaque fois différentes, et néanmoins les mêmes. De plus, étant en "synchronicité" avec la Liturgie Céleste elles sont vraiment des portes d’entrées vers l’Autre Monde en même temps que la "descente" de celui-ci sur terre …
En bref, tout ce que je cherchais à faire, à comprendre, à découvrir, à intégrer, à transmettre dans mes différents axes de travail (études, musiques, poésie), tout cela se retrouvait là, comme condensé, mais en plus suave, en plus rigoureux…
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ENTRETIEN AVEC THIERRY JOLIF
Merci beaucoup à Thierry Jolif d’avoir accepté de répondre à nos questions.
Ni l'un ni l'autre à dire vrai ! ou peut-être un peu des deux, disons que, peut-être je lisais quelques rares livres dans de trop rares arbres ... mais je ne cherchais, à ce qu'il m'en souviens, ni la vérité ni l'absolu, seulement une voie pour "exprimer" ce que je ressentais comme une différence. A 13 ans j'errais dans le système clos et sombre de l'Education Nationale avec un livre de Nietzsche dans la poche, je me rappelle agacer mes camarades d'ennui programmé en répondant à leurs questions par des citations tirées "au hasard" de "Par-delà bien et mal", ensuite il y eu pêle-mêle Villiers de l'Isle Adam, Jean Lorrain, J-K Huysmans, Barbey d'Aurevilly, Richard Wagner, Beethoven, Strauss, Léon Bloy, Pierre Loti, Pierre Louys, Witold Gombrowicz ... tout ce qui ne s'étudiait pas en classe, il fallait toujours que je cherche une "ligne de démarcation" et ceci m'emmenait toujours plus loin, trop loin peut-être aussi car, à une éducation chrétienne très simple et classique il me fallut opposer quelque chose de "plus" (ce devait être un plus me semblait-il) ... alors il y eu le dadaïsme, le surréalisme (cela "calmait" un peu l'angoisse de mes professeurs - ce qui aujourd'hui me confirme dans l'intuition naissante alors qu'il est des "révoltes" stériles et programmables ...), puis le futurisme, l'occultisme (Crowley et quelques autres ...).
Malgré tout, avec le recul, je peux dire que, malgré mes tentatives de le faire "taire", toujours la "voix-voie" du Christ restait présente, même dans les instants les plus rageurs et obscurs de la "révolte", une petite, une infime certitude restait présente, comme un tout petit sillon, ténu, mais qui semblait indiquer que, quoique je fasse, quoique qu'il advienne, je pourrais, bon gré mal gré, faire retour, me retourner vers Ce qui m'a fait, Ce qui me fait, Celui qui m'a fait ... Par la suite les "choses" n'ont eu de cesse que de s'affiner, j'ai souvent dit qu'en tout domaine, vraiment, l'idée d'évolution ne m'agrée pas !! je préfère voir les différentes "étapes" de la vie comme une lame qu'on aiguise ... alors voila les éléments se sont décantés, affinés, aiguisés ... les arts, la musique, la pensée (religieuse, métaphysique, poltique) tout cela se mêle à la musique pour faire advenir ce qui est, il existe vraiment tout un processus d'intuition, d'incantation, de "décantation", de solution et de coagulation, de précipitation, des idées parfois montées "très haut" se solidifient, font masse et atteignent leur point critique, le Logos est véritablement un "Feu", verba ignis, et "l'intuition intellectuelle" est mon seul guide, les erreurs me sont imputables, les "réussites" à Elle/Lui, il y a l'intuition et sa transcription, sa "translation" dans le monde créé, par un médium, une tablette et un stylet, "je" joue les deux rôles ...jusqu'à ce que le silence s'impose
, et c'est là le seul véritable "but", que le silence d'or pur et de feu se fasse ...
Qu'elles étaient vos lectures, vos musiques, vos peintres, vos penseurs ... qui ont nourit votre imaginaire?
Plein !! Sérieusement j'en ai cité déjà quelques uns ... certains demeurent d'autres non. Julius Evola fut d'une importance conséquente, et puis ... René Guénon aussi, Ananda Coomarwaswamy, Eliade, à côté de quelques autres ils m'ont construits et se sont, en quelque sorte, inscrit, en moi, dans mon "travail", leurs travaux à eux m'ont "élaborés" et se sont résorbés...; et puis William Blake, Chesterton, Mishima, Artaud, Meyrink ... j'ai lu assez peu de "philosophes" et je n'en ressens toujours pas l'appel ...
Picturalement les choses sont moins "tracées", l'image m'a toujours un peu rebutée (malgré des études audiovisuelles ...) j'ai eu quelques "coups de foudres", toujours assez brefs étant plus jeunes ... Gustave Moreau (en même temps que Mallarmé en poésie, m'a passé assez vite, une "varicelle" romantique ...), Odilon Redon, plus longtemps, Egon Schielle ... mais le travail de Pierre Soulages ou celui de Malévicth ont je crois laissé une forte empreinte !! enfin je crois ...
Qu'elle est votre formation initiale?
Aucune, a part un parcours chaotique dans le chemin étriqué de l'éducation obligatoire et quelques années d'études en audiovisuelle, mais je me suis toujours nourri d'expériences (positives ou négatives), de conflits et d'intuition ...
Tradition et musique "moderne" un étrange alliage, non ?
Non, pas vraiment ! Le Christ est la Tradition, et le Christ fait chaque chose nouvelle, Il renouvelle toute chose et les transfigure ! J'aime beaucoup, et j'accorde une grand importance, à ce terme forgé par Dante : "transhumaner" ! Le compositeur britannique John Tavener (dont le travail est d'une grand importance pour moi) disait, en substance : "L'homme peut faire les sons les plus horribles qu'il veut, sur des instruments ou avec sa voix, il ne peut créer une seule chose nouvelle, seul le Christ le peut", il dit aussi "La musique c'est de la métaphysique liquide" ...
Le modernisme en tant qu'idéologie est une chose atroce et abjecte, mais la modernité ne doit pas en elle-même nous effrayer, elle fait partie du "processus" né de la Chute, elle est une de ces "sur-imposition" conséquence de l'état déchue, elle nous masque le monde déjà transfiguré par l'Incarnation et la Résurrection du Christ ! La modernité est constitutive de notre état actuel qui dispose de toutes les potentialités de la "déification" et qui continue pourtant à la rejeté au profit de la chair, des passions, du monde ...
Finalement toute "réaction traditionaliste" est immanquablement "moderne", voire, moderniste ...je veux dire qu'elle impose une certaine "contamination", c'est un paradoxe inévitable mais tout Grand Oeuvre est un paradoxe expliqué par le paradoxe (G.K Chesterton avait la-dessus une phrase merveilleuse, qui m'échappe à l'instant), l'Incarnation n'en est-elle pas une "preuve" magnifique ... ?
Faire de la musique "moderne" cela signifie pour nous contaminer celle-ci tout en nous en libérant, en la brûlant ... comme nous avons brûlé certaines "idoles" dans nos travaux précédents en mêlant notre intérêt pour les cultes antiques et l'ésotérisme chrétien à nos chansons.
Le seul véritable but c'est d'atteindre au silence, musicalement et spirituellement, paradoxalement, encore, cela pourrait ce faire en faisant le maximum de bruit !! Et bien sur nous ne parlons pas du silence artificieux d'un John Cage, mais plutôt, comme le souligne souvent et justement Sir John Tavener, en atteignant certains limites de "l'audible" ...
Finalement en déroutant toutes les règles la modernité en musique permet d'envisager un "a rebours" du Fiat Lux ...
(A suivre)
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