dimanche, 20 avril 2008
LES "SCANDALEUSES BEATITUDES" DE L’EGLISE MODERNE
la désorientation naturaliste et panthéiste du catholicisme conciliaire
par
Zacharias
(Paul VI, Discours de clôture du Concile, 7 décembre 1965)
On croyait qu’après le concile le soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Église.
Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête,
Ce qu’un homme sème, il le récoltera.
Qui sème dans la chair, récoltera de sa chair la corruption ;
Qui sème dans l’Esprit, récoltera de l’Esprit la vie éternelle. »
(Galates 6, 7-8)
« Je suis par la chair esclave du péché. »
(Romains 7, 25)
De grands cris semblent retentir à présent dans toute la catholicité moderne : « Qu'est-ce que l'amour ? le plaisir ? l'orgasme ? Comment faire jouir par l’art des caresses intimes ? Que dit véritablement la Bible sur les relations sexuelles? Les fameux ‘‘tabous judéo-chrétiens’’ existent-ils vraiment ? Comment le plaisir sexuel peut-il être ‘‘sacré’’ ? Que doit-on penser de la masturbation et de la fellation ? » Ainsi, n’est-il plus rare de trouver des propos jadis destinés aux lecteurs des ouvrages licencieux et des revues pornographiques sous la plume de très nombreux auteurs prétendument « catholiques », visiblement emportés par une étrange fièvre charnelle qui a gagné le banc et l’arrière banc de l’Eglise conciliaire.
La « sexualité est une merveille » clament sur papier glacé de navrants magazines étiquetés « bonne presse » généreusement distribués par les chaisières, et d’ailleurs aujourd’hui, rajoutent en chœur d’autres voix, souvent des dames du catéchisme troublées par d’anciennes émotions sensuelles refoulées, on devrait avoir la liberté de pouvoir s'exprimer entièrement en ce qui concerne les désirs du corps. Les vieux tabous et les phobies puritaines qui ont été placés sur le sexe, s’exclament enfin de nombreux clercs, non sans une sourde excitation aisément perceptible derrière un air d’impressionnante autorité, sont erronés, la liberté du plaisir est « normale », naturelle, c’est une chose qui ne doit plus poser de problèmes pour personne, il faut en finir avec une religion culpabilisante – si Dieu nous a donné des organes c’est pour s’en servir !

"Ainsi ils louent le Seigneur dans leur plaisir... »
De la sorte on ne s’étonne plus du tout, ou presque, qu’avec une extravagante ardeur, un sexologue catholique comme Olivier Florant, expert dans l’art de réveiller les libidos endormies, nous invite dans un récent ouvrage, rien moins, qu’à célébrer une « liturgie de l’orgasme » qui nous permettra de ne pas « gâcher notre plaisir », puisque ce dernier est, nous dit-il, « sacré et ouvre des horizons qui bouleversent ». [1]
On l’aura compris, les grandes orgues de la « bonne nouvelle orgasmique » soufflent de tous leurs tuyaux, mais ce qui est surtout bouleversant dans ces propos incroyables, flattant, comme cela ne s’était jamais vu dans l’Eglise, les appétits des sens et la concupiscence charnelle qui n’en demandaient pas tant. Nous assistons donc, un peu surpris et inquiets, à la manifestation quasi officielle de la désorientation totale sur le plan spirituel qui s’est imposée en quelques années avec une folle rapidité, sachant qu’en ces domaines les vertiges de la chair possèdent une capacité foudroyante d’entraînement que traduisent d’ailleurs, chacun selon leurs dons particuliers, d’affligeants propos véhiculés par les innombrables opuscules qui sont distribués actuellement dans toutes les sacristies. Le dernier en date des ouvrages participant du nouvel élan hédoniste en milieu catholique, qui emporta l’admiration émue des abonnés à « Télérama » à la « Vie » ou « Famille Chrétienne » et « Le Pèlerin », n’est autre d’ailleurs que les ultimes révélations de ce bon abbé Pierre qui, dans un livre qu'il publia sous le titre de – « Mon Dieu, pourquoi ? » , déclara à 93 ans, certes qu'il n'était pas hostile au mariage des prêtres détail presque mineur, mais laissa surtout entendre qu'il avait lui-même eu des relations sexuelles avec des femmes.
Une question ne peut toutefois que surgir en nous devant ce raz-de-marée, que dis-je ce tsunami de libido débridée : d’où provient cet état d’esprit si peu conforme à la tradition spirituelle de l’Eglise qui cependant, s’est lentement imposé et est devenu aujourd’hui le discours dominant au point de s’être largement généralisé?
Les origines de la crise de l’Eglise conciliaire
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mardi, 04 mars 2008
La nature de la chair et le péché
Rappelons, avant toute chose, que l'anthropologie hébraïque ignore cette distinction, qui traverse la pensée chrétienne, entre le corps regardé comme grossier et animal, et l'âme, à tel point d'ailleurs que, s'il existe un terme en hébreu pour désigner l'âme (nephesch), que l'on traduira par psychê en grec, puis par anima en latin, il n'y a aucun terme dans cette langue pour signifier le corps matériel en tant que distinct de l'âme, montrant bien l'absence de toute conception dualiste dans la pensée originelle des hébreux. Pour eux, s’il n'y a pas d'âme, alors il n'y a pas de corps non plus ; l'un et l'autre forment une unité indissociable. On connaît bien un mot pour parler du cadavre, mais il n'y en n'a pas pour le corps séparé de l'âme, c'est pourquoi on utilisera une expression particulière (basar), pour évoquer la totalité âme/corps, expression que l'on retrouvera en grec sous le nom de sarx, puis caro en latin et enfin « chair » en français. Or le mot « chair », par suite de nombreuses confusions, et sous l'influence de la tradition philosophique issue des courants grecs (pythagorisme, orphisme, néo-platonisme), est devenu pour nous synonyme de « corps », c'est-à-dire ce l'on appelle sôma, ce qui représente uniquement l'enveloppe matérielle, créant ainsi un important contresens. La seule désignation hébraïque correspondant à ce que l'on entend par « âme » en Occident, est le terme ruach, soit « l'esprit », qui donnera pneuma en grec et spiritus en latin, terme qui s'applique aussi bien à l'esprit de Dieu : « Le Dieu d'Israël est le Dieu des esprits de toute chair » (Nombres 27, 16), qu'à celui de l'homme : « Je répandrai mon esprit sur toute chair » (Joël 2, 28).
Saint Cyrille d'Alexandrie (De recta fide ad Augusta, P.G., LXXVI), fera justement remarquer que l'évangéliste Jean utilisa le mot sarx afin d'exposer le mystère de l'Incarnation : « Le Logos s'est fait chair » (Jean I, 14), affirma-t-il, soit l'équivalent de : « Le Logos s'est fait homme (âme et corps) », insistant dans son texte sur la volonté du Christ d'assumer pleinement, en son entier, la nature humaine.
Comment ne pas citer, en premier lieu eu égard à son caractère emblématique, l'épisode de Nicodème, docteur en Israël, auquel Jésus annonce qu'il doit naître de nouveau, concluant son discours ainsi : « Ce qui est né de l'Esprit est esprit, ce qui est né de la chair est chair » (Jean 3, 6). Quant à l'apôtre Paul, nul n'a plus que lui établi des liens concrets entre le péché et la chair, s'écriant même, dans un gémissement quasi désespéré et pathétique : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » (Romains 7, 24 ). L'opposition est également clairement soulignée dans ce passage significatif : « Marchez par l'Esprit, et vous n'accomplirez point la convoitise de la chair. Car la chair convoite contre l'Esprit, et l'Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l'une à l'autre... » (Galates 5, 16-17).
Enfin, de nouveau dans l'Epître aux Romains, c'est une véritable condamnation de ce que représente la « chair » en son essence et sa nature qui nous est adressée, établissant une équivalence saisissante entre la « chair » et le péché : « Quand nous étions dans la chair, les passions des péchés, lesquelles sont par la loi, agissaient dans nos membres pour porter du fruit pour la mort. » (Romains 7, 5). Puis, un peu plus loin, et toujours avec la même intransigeance : « Moi je suis charnel, vendu au péché (...) C'est le péché qui habite en moi. Car je sais qu'en moi, c'est-à-dire en ma chair, il n'habite point de bien (...) Je vois dans mes membres une autre loi qui combat contre la loi de mon entendement et qui me rend captif de la loi du péché qui existe dans mes membres. » (Romains 7, 15-18 ; 23). Le cri de Paul est d'une grande honnêteté : « De moi-même selon l'entendement je sers la loi de Dieu ; mais de la chair, la loi du péché. » (Romains 7, 25).
Voudrions-nous encore nier, après ces paroles, le fruit vénéneux que représente la « chair », oserions-nous refuser de voir le caractère à jamais flétri et abîmé de ce qui est charnel ? Alors écoutons Paul qui, avec une redoutable force de conviction, insiste plus avant de manière à ne point laisser subsister la moindre trace d'ambiguïté : « Dieu a envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché, et pour [le] péché, a condamné le péché dans la chair, afin que la juste exigence de la loi fut accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l'Esprit. » (Romains 8, 3-4).
Après cet impressionnant rappel, qui demande à être lu avec crainte et tremblement, une sainte fureur continue d'habiter l'apôtre des Gentils, et, comme si cela ne suffisait pas, voulant fermement faire pénétrer dans le cœur de ses auditeurs le message du Salut, il poursuit son prêche par ses lignes redoutables : « Ceux qui sont selon la chair ont leurs pensées aux choses de la chair ; mais ceux qui sont selon l'Esprit aux choses de l'Esprit ; car la pensée de la chair est la mort ; mais la pensée de l'Esprit, vie et paix ; - parce que la pensée de la chair est inimitié contre Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas. Et ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu. » (Romains 8, 5-8).
Concluons donc avec ces paroles de Paul, dont on conviendra sans peine qu’il est bien difficile d’en nier le sens direct et catégorique, et qui ont la vertu de dissiper toute contestation possible à propos de la question qui nous occupe : « Ni la chair ni le sang n'hériteront du royaume de Dieu » (1 Corinthiens 15, 50)
Ainsi la chair, même conçue comme étant l'unité de l'âme et du corps, ce qui n'enlève rien à la réprobation dont elle est chargée puisque cela englobe la matière corporelle et son principe d'animation, est bien violemment rejetée de par sa corruption, elle est pécheresse par nature et ne participera pas à la réalité future du royaume. Martinès de Pasqually (1710-1774), qui n'aurait pas manqué de soutenir cette vision toute paulinienne du devenir concernant le composé charnel « psycho-somatique », rajouterait sans doute : « Nous voyons clairement que le corps n'est qu'un chaos pour l'âme, ou le mineur, par la manière dont le mineur passe sa vie temporelle dans ce corps de matière en punition du crime du premier homme. » (Traité, 124.)
Avec l’aimable autorisation de Jean-Marc Vivenza,
in Le Martinisme
l’enseignement secret des maîtres
Le Mercure Dauphinois
2006, p. 217-220
Illustrations
I Edvard Munch
IV Rijckere Bernaert
V Picasso
15:53 Publié dans Du mal, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (94) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, spiritualité, religion, philosophie, réflexion, polémique
vendredi, 06 octobre 2006
Non possumus
14:35 Publié dans Du mal | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, foi, Politique, Eglise, Spiritualité, Religion
lundi, 07 août 2006
Ce monde est né parfait et il le restera.
16:15 Publié dans Du mal | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Actu, Littérature, Poésie, Art, Peinture, Culture, Philosophie
mercredi, 05 juillet 2006
De la fausseté des vertus humaines
Monseigneur,
Il n’est pas de princes qui doivent un jour monter sur le trône ! de même que tout le reste des hommes : comme ceux-ci ne sont chargés que de leur conduite particulière, ils sont seulement obligés de suivre l’avis des sages qui leur ordonne de se connaître ; au lieu que cette étude ne suffit pas aux princes que Dieu fait naître pour gouverner les peuples, et qu’ils ont encore une indispensable obligation d’étudier et de connaître les autres.
La fausseté des vertus humaines, Jacques Esprit. Ed. Aubier, Paris, 1996. P. 69 ,70 ,71
A suivre...
22:10 Publié dans Du mal | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Réflexion
jeudi, 22 juin 2006
Le problème du mal ou la culpabilité universelle
Pour être juste, et afin de ne pas exciter la jalousie de Jude l’Obscur (!), je mets aussi son lien concernant ce Titan couvert par une couche mince de matériel sombre.
Je profite de l’occasion pour remercier mes fidèles lecteurs, et tout ceux qui postent des commentaires plein d’humour, de poésie et de profondeur.
En affrontant le problème du mal, la philosophie s’est montrée au cours des siècles extraordinairement démunie si ce n’est même proprement insuffisante, au point qu’il ne semble pas hasardeux d’affirmer que si Augustin et Pascal disent des choses si profondes sur le sujet, c’est moins comme philosophes que comme chrétiens. Ce n’est qu’à partir de Kant, avec sa critique de la théodicée et sa théorie du mal radical, que la situation s’est améliorée à travers les coups de sonde fructueux du jeune Hegel, la forte méditation du Schelling de la maturité, l’ample systématisation de Schopenhauer et les dérangeantes provocations de Nietzsche; mais il reste beaucoup à faire. Un énorme travail attend la philosophie dans ce domaine où Kant, et non Fichte, Schelling et non Hegel, Schopenhauer et non la philosophie facile et rhétorique de la moitié du dix-neuvième siècle, Nietzsche et non l’irrationalisme qui en procède, l’existentialisme authentique et non ses contrefaçons les plus répandues, ont ouvert quelques éclairantes perspectives.
Qu’en traitant du mal, la philosophie tende à être réductrice est un fait non moins réel que déconcertant; les raisons en sont nombreuses et différentes. La première et la plus évidente est que, normalement, la philosophie cantonne le problème du mal au domaine de l’éthique, sphère trop restreinte en vérité pour une question si énorme et bouleversante, et dont la réflexion apparaît totalement inadéquate à un sujet si central et décisif. Le mal, entendu comme alternative de l’option morale ou comme perte de valeur sur un plan axiologique, est un événement également très grave sur le chemin pourtant difficile de la vertu; et la douleur, comprise comme obstacle à ce bonheur, inséparablement lié à la vertu conçue rationnellement, est un malheur qu’il faut maîtriser et vaincre par un difficile exercice d’ascèse et d’impassibilité. Mais un traitement qui s’en tiendrait à cela serait bien loin de l’être authentique et profond et laisserait même échapper le véritable centre du problème.
Bien loin de se limiter à la définition de la faute morale et à la capacité de supporter la souffrance, le problème du mal puise ses racines dans les profondeurs obscures de la nature humaine et dans le recoin secret où se jouent les rapports de l’homme et de la transcendance. Le fait même que le problème du mal va jusqu’à englober celui de la souffrance atteste bien qu’il s’agit ici non pas tant de la réalisation de la vertu que de la négativité même, inhérente à la condition humaine; dans cette perspective, le problème du mal comme problème du négatif en général est quelque chose qui concerne alors bien moins l’éthique que la religion. En réalité, la religion parle du péché et même de la chute de l’homme, plus que de la faute morale; elle ne se limite pas à retracer les alternances de la possibilité et de la réalité du mal dans le domaine plutôt solennel de la vie éthique individuelle, mais elle les recherche sur la grandiose scène cosmique où elles s’exercent d’abord; elle situe le nœud indivisible unissant le péché et la souffrance dans ce destin d’expiation qui pèse sur l’humanité et en dirige l’histoire vers le salut. Sur le problème du mal, l’éthique, loin de pouvoir offrir soutien et explication à la religion, se trouve au contraire dans la situation de devoir en attendre éclaircissement et aide. Il vaut la peine d’observer de ce point de vue le fait que ce qui de la religion est irréductible à l’éthique se concentre surtout sur le problème du mal, de la souffrance et du négatif en général. Ce n’est pas sans raison que l’expérience religieuse insiste surtout sur le Dieu souffrant et rédempteur, ce qui confirme bien que l’ultime recours au problème du mal est la religion et certainement pas la morale.
En outre, la philosophie a voulu «comprendre» le mal et la douleur, mais, en partie à cause de la radicale incompréhensibilité qui caractérise ces réalités négatives, en partie à cause du type de rationalité avec lequel elle les a abordées, elle n’a fait que les annuler et les supprimer. Il se peut que soient entrés en jeu, pour une part cet aspect ascétique et disons même stoïque qui semble appartenir à l’exercice de la raison, et pour une autre part ce sens de sévère réserve et cette attitude anti-rhétorique, parfaitement louables en soi, mais ici franchement exagérés, qui découlent de la méfiance de la raison pour tout ce qui ne se laisse pas finalement réduire à la plus lumineuse et transparente rationalité.
D’un côté il est juste que la réflexion philosophique soit soumise à un constant exercice de clarification intellectuelle en cherchant à éviter toute forme d’influence affective. Cela lui confère sans aucun doute une certaine forme de dureté, due non seulement à la rigueur que lui impose le travail du concept, mais aussi à l’impassibilité de son regard désenchanté et sans illusions. De ce point de vue, sa sobriété face au spectacle du mal et de la douleur sans cesse présents dans le monde, apparaît plus que légitime, de même que sa détermination à éviter l’assombrissement exagéré et le dolorisme facile qui peuvent en découler; d’autant plus que ces attitudes entraînent avec elles, par contre-coup, des sentiments indignes de la pensée philosophique impartiale, comme un voluptueux désir de souffrance ou un insatiable besoin de réconfort.
Mais cette juste méfiance envers tout sentimentalisme facile ne doit pas aller jusqu’à méconnaître la situation tragique de l’homme, prisonnier de sa méchanceté et de la souffrance. La tragédie authentique n’a rien de pathétique ou de pitoyable et ignore autant la consolation que la voluptas dolendi ; seul celui qui sait se tenir à bonne distance à la fois du cynisme brutal et du facile abandon – devenu connaisseur des choses du monde, des vices et des vertus humaines – réussit à en saisir la nature atroce et terrible. Avec son regard à la fois détaché et impliqué, la pensée tragique peut parvenir à une telle profondeur, elle qui, n’étant en soi ni gémissante ni consolante, parvient à reconnaître pleinement et à pénétrer entièrement le sérieux de la vie.
D’un autre côté, il est juste aussi que la philosophie cherche à rendre également compte des aspects négatifs de la réalité et qu’elle ne recule pour cela devant aucun obstacle: on doit bien quelque chose à la «compréhension», si tel est le but de la réflexion philosophique. Mais il se peut que l’unique instrument adéquat à cette fin soit une raison pascaliennement consciente de ses propres limites, capable d’intégrer parmi ses opérations le «désaveu» de soi, et qui, selon les opportunités, deviendrait ainsi elle-même un acte non seulement rationnel, mais aussi cognitif. Tout comme pour la raison, la reconnaissance de ses propres limites ne peut-être que rationnelle, au sens où le dernier pas de la raison est sûrement la reconnaissance d’une transcendance et un acte de soumission, tout en étant toujours en même temps une opération de la raison, il peut ainsi se faire que certains objets ne puissent être connus qu’à condition de ne pas les connaître et ne soient accessibles qu’à l’intérieur d’un rapport négatif, de sorte que seule une raison extatique et muette les puisse comprendre sans les déformer. Autrement dit, il se pourrait que, face au mal, il ne reste plus à la raison d’autre possibilité que de comprendre qu’elle ne le peut comprendre; auquel cas l’unique compréhension philosophique que l’on puisse avoir du mal consisterait à rendre compte de son incompréhensibilité. Ce serait déjà beaucoup: montrer les raisons de l’incompréhensibilité du mal est indubitablement, pour la philosophie, un approfondissement considérable, davantage une conquête qu’un renoncement, et moins un motif de résignation que de satisfaction.
Mais la philosophie ne se contente pas de cela; elle ne reconnaît pas volontiers l’incompréhensible et fait tout pour se soustraire à l’idée que l’unique explication de quelque chose puisse consister dans la reconnaissance, même justifiée, de son caractère inexplicable. En effet, ce qui caractérise le négatif c’est que, soit on veut le reconnaître comme réel et on l’accepte comme quelque chose d’incompréhensible, soit on veut le considérer comme quelque chose de compréhensible et on finit alors par en dissoudre la réalité. L’intelligibilité et la réalité du négatif constituent les termes d’une alternative entre lesquels il faut choisir, et la philosophie tend à sacrifier la réalité du négatif à son intelligibilité. Une philosophie rationaliste ne sera jamais disposée à accepter que la clarification rationnelle ne parvienne pas à dissiper toutes les obscurités et bute sur quelque chose d’irrémédiablement opaque. Elle ne s’arrête pas devant la terrible réalité du mal et, ne pouvant faire l’économie de sa réalité négative, elle l’inscrit dans un cadre plus vaste, d’où il ressort extrêmement atténué et diminué, quand il ne disparaît pas carrément comme dans un jeu de poupées russes.
Dans la mesure où la philosophie prétend tout «comprendre», toute métaphysique tend à être une théodicée; la pensée objectivante rationalisera le mal en cherchant à lui donner sa place dans l’univers ou sa fonction dans la vie humaine: elle y verra une simple privation d’être ou un pur manque, ou bien elle en fera un facteur de progrès et même une efficace contribution à la marche du bien. Cette «puissance du négatif», de fécond point de départ de la pensée tragique qu’elle était, se transformera en un puissant auxiliaire de l’optimisme. Dans le cauchemar de Yvan Karamazov, même le diable aimerait s’unir au chœur et crier Hosanna! avec tous les autres, et s’il maintient un moment sa négation, il le fait par esprit de service, pour ne pas réduire au silence cette allégresse universelle. Même la souffrance sera dissoute, appelée à garantir l’existence de la joie. Une prise en compte purement rationnelle de la douleur déclarera que si celle-ci est vraiment une peine destinée à punir aussi bien qu’à guérir, elle n’est pas un mal en soi, liquidant avec ce théorème glacial le terrible scandale de la souffrance des justes, des innocents, des animaux, et négligeant ainsi, avec une impassible indifférence les conceptions religieuses très rigoureuses de l’omniculpabilité humaine et de la réversibilité des souffrances.
Toutefois, pas même Jésus, qui, du reste, pour parler comme Kierkegaard, n’était pas président de l’Académie des Sciences – n’a prétendu fournir une explication et une compréhension du mal; il s’est limité, pour ainsi dire, à le racheter, et l’a fait au moyen de sa propre souffrance, prenant sur lui les péchés de l’humanité. La seule possibilité de dire qu’il donne une réponse au problème du mal, c’est qu’il est, lui-même, cette réponse. Comment la philosophie, incapable de son côté d’une telle entreprise rédemptrice, pourrait-elle prétendre affronter la problématique du mal avec un telle hybris rationaliste qui n’explique le mal qu’en le dissolvant? Pourtant, face au mal, la raison philosophique n’a rien trouvé de mieux que de supprimer ce qui la dérangeait et de transformer complètement l’incompréhensibilité en rationalité transparente. Telle est la grande et éternelle illusion de la philosophie, dont la rationalité, exercée de cette façon, ne comprend ni n’explique rien, mais annule et mystifie; au point que la terrible et déconcertante présence du mal de la douleur dans le monde peut justement devenir une satire vivante et constante contre la philosophie qui prétend les éluder, les minimiser, les exorciser ou tout bonnement les éliminer.
Il y a quelques années, dans l’immédiate après-guerre, la philosophie a montré qu’elle savait trouver une autre façon d’éluder le problème du mal.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’humanité a atteint le sommet de la malignité et de la souffrance, à travers des formes de perversion absolument diaboliques, par d’épouvantables massacres et des génocides qui ont cruellement décimé l’humanité, au moyen de souffrances inouïes et horribles infligées à l’homme par l’homme et, par-dessus tout, en des phénomènes comme l’Holocauste, face auxquels il est impossible que l’humanité tout entière ne se sente coupable, soit de ne pas avoir su le prévenir ou l’empêcher, soit de ne pas en avoir elle-même autant souffert.
Eh bien je trouve bouleversant le fait qu’à ce moment-là, alors que l’humanité sortait tout juste de l’abîme du mal et de la souffrance où elle s’était précipitée, et pendant quelques décennies encore, des philosophies traitant de problèmes techniques extrêmement subtils et abstraits aient eu un grand succès et une large diffusion, comme le positivisme logique et la philosophie analytique, toutes formes de pensée insensibles à la problématique du mal et qui sont peu intéressées en général au problème de l’homme et de son destin. Je ne nie pas que les problèmes dont s’occupent ces courants philosophiques soient importants, eu égard au caractère nécessairement critique de la philosophie; mais il faut reconnaître que le succès de telles philosophies apparaît d’autant plus déconcertant que leur fréquentation a prétendu être plus sélective, et leur attitude envers d’autres philosophies concernées par les problèmes de l’existence humaine est apparue plus exclusive. Après ces expériences tragiques, il est souhaitable que la philosophie sache retrouver sa réflexion active et enveloppante, et abandonner non seulement la prétention rationaliste qui veut tout expliquer, mais aussi l’abdication renonciatrice de ces philosophies d’évasion pure.
Le mal et la douleur, occultés et passés sous silence dans le monde rationalisé de la philosophie, sont en revanche bien présents dans le mythe, au sens profond et fort du terme, c’est-à-dire dans l’art et la religion, et c’est là que la philosophie les doit aller chercher pour en faire l’objet d’une considération qui ne soit plus mystificatrice. Du reste, il est temps que la philosophie, loin de faire consister sa tâche en une prétendue démystification — qui requiert un effort totalement disproportionné par rapport à la pauvreté des résultats obtenus —, renouvelle désormais ses contenus concernant le mythe et en tire même une impulsion pour se retrouver elle-même, en récupérant sa propre nature mythique originaire, qui est pourtant toujours une source inépuisable pour tout ce qui se dit de vraiment important et décisif pour l’humanité.
Bien entendu, il doit s’agir d’une religion forte et virile, intraduisible en des termes élégiaques et larmoyants et d’un dolorisme souffreteux: la présence dominante et inépuisable du destin à l’antique, à laquelle est familière aussi l’idée que le sens du caractère capricieux des dieux provient de ce que leur être se situe par-delà bien et mal et qu’ils échappent ainsi au domaine de l’éthique; la religion biblique de l’omniculpabilité humaine, à laquelle correspond, dans l’Ancien Testament, le Dieu de colère et, dans le Nouveau Testament, le Dieu de la croix. Il doit s’agir d’un art robuste et puissant, comme celui de la tragédie, épouvantable, bouleversant et profond comme le fut la tragédie grecque chez Eschyle et Sophocle et comme l’est aujourd’hui cette tragédie en cinq actes que sont les grands romans de Dostoïevski.
La nécessité du recours au mythe provient donc de l’échec de la philosophie face au problème du mal. Pourquoi la raison philosophique a-t-elle été incapable d’affronter le problème du négatif et l’a-t-elle abandonné à l’art, spécialement tragique, et à la religion, surtout chrétienne? Pourquoi la spéculation, même là où elle a plus particulièrement pressenti le négatif, a-t-elle plutôt préféré le dissimuler et le déguiser avec les moyens les plus divers, surtout avec la dialectique qui, dans sa forme la plus aboutie et astucieuse, celle de Hegel, a fini par avoir en quelque façon le dessus?
Des considérations précédentes il est légitime de conclure que l’échec de la philosophie face au problème du négatif provient essentiellement de l’emploi d’une réflexion tellement paresseuse qu’elle n’essaie pas assez et tellement prétentieuse qu’elle essaie trop. Mais c’est ce qui arrive lorsque l’expérience est conçue en termes exclusivement scientifiques ou logico-empiriques, ou qu’elle est investie par une pensée si vide que même son caractère éventuellement transcendantal s’exténue dans un neutralisme terne; ou encore quand la raison a soudain tant confiance en elle-même qu’elle ne soupçonne pas l’état de crise (acrisia) d’une métaphysique ontique et objective, ou si arrogante qu’elle se substitue directement à l’expérience dans un rationalisme métaphysique omnicompréhensif. On en voudra pour preuve — ou pour contre-preuve — le fait historique indéniable que dans les périodes de décadence du sentiment religieux, due à une prévalence de la philosophie ou de la science, apparaissent des philosophies de tendance optimiste et étrangères à la pensée tragique, peu intéressées au problème du mal, et même disposées — si elles n’y tendent carrément pas — à l’atténuer et à le minimiser, voire à l’occulter et à le nier, en tout cas à le considérer humainement réparable et socialement rachetable, sauf à recevoir les démentis solennels de l’histoire, comme le montrent les triomphes de la philosophie des lumières au xviiie siècle et du positivisme au siècle suivant. Ce n’est pas pour rien, dès lors, que se présente périodiquement sur la scène philosophique européenne, sous des formes toujours nouvelles et différentes, le Romantisme, avec ses flux et ses reflux, montrant ainsi qu’il n’a pas achevé son cycle historique et qu’il a conservé intacte sa valeur spéculative, avec l’avantage d’être en même temps débarrassé des excès irrationalistes qui avaient accompagné certaines de ses premières manifestations.
Il est naturel alors que, pour rendre compte des aspects obscurs, contradictoires, négatifs de la réalité, négligés ou dissimulés par ce défaut d’intérêt ou par cet excès d’explication, on retourne à cette abondante et même inépuisable réserve de problèmes humains qu’est le mythe, et naturel aussi que ce soit seulement de ce creuset ardent que l’on attende une réponse aux questions les plus pressantes et inajournables de l’homme, concernant son existence même, autrement dit la vie qui lui a été échue sans qu’il ait été consulté et le destin qui lui est réservé au milieu du mal triomphant, dans l’angoisse de souffrir et face à la possibilité désirée autant que crainte du mh; fu`nai [ne pas être né].
07:30 Publié dans Du mal | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Philosophie, Métaphysique, Réflexion
Le problème du mal ou la culpabilité universelle. Suite
Cela dit, je me propose d’exposer maintenant à grands traits quelques résultats de mes méditations sur le problème du négatif, conformément à la thèse énoncée plus haut, dans le contexte d’une interprétation philosophique du christianisme à partir de ses deux textes fondamentaux, l’Ancien et le Nouveau Testament. Naturellement, je n’ai pas négligé de chercher une inspiration et un guide chez ceux qui me sont apparus comme les grands théoriciens de ces questions, et, parmi les plus grands, chez deux d’entre eux que je considère, pour des raisons d’affinité innée, comme mes auteurs de prédilection: Schelling, heureuse découverte de ma maturité, et Dostoïevski, maître et compagnon de toute ma vie.
L’exposé que j’entreprends ici consistera naturellement en une herméneutique du récit biblique du péché originel, mais ne suivra évidemment pas les péripéties que cette conception a subies dans l’histoire de la pensée religieuse en un cours plus que deux fois millénaire et en un parcours plus accidenté et plus discordant qu’on ne pourrait l’imaginer. L’ampleur des variations que l’on rencontre dans les différentes manières d’interpréter ce récit est en effet stupéfiante et même déconcertante, mais heureusement je ne suis pas astreint à la tâche démesurée d’en rendre compte, de même que je puis me sentir dispensé — chacun me le concédera — de la tâche encore plus démesurée, et d’une prétention absurde, d’en donner une nouvelle interprétation. Je n’ai qu’à m’en tenir à ce qui en constitue le noyau central et qui me semble consister en ce qui suit. Sur l’humanité tout entière pèse une faute originelle: tous les hommes sont solidairement pécheurs et coupables. Il existe un lien indissociable entre le mal et la douleur, représenté par l’expiation et cela au sens où la souffrance est à la fois la punition de la faute et son unique rachat possible: sur tous les hommes, unis par une solidarité originaire dans la faute et la douleur, pèse un commun destin d’expiation.
Qu’est-ce donc que le mal? Le mal n’est pas absence d’être, privation de bien, manque de réalité, mais il est réalité, et plus précisément réalité positive en sa négativité. Il résulte d’un acte positif de négation: d’un acte conscient et intentionnel de transgression et de révolte, de refus et de reniement par rapport à une positivité antécédente; d’une force négatrice qui ne se limite pas à un acte négatif et privatif, mais qui, en instaurant positivement une négativité, est un acte négateur et destructeur. Le mal doit donc être pris dans son sens le plus fort de rébellion et de destruction.
Une précision est nécessaire sur le caractère destructif de ce reniement ontologique qui est en soi auto-négation. Le mal n’est pas une simple atténuation ou diminution ou cessation du bien, mais il en est une négation réelle et positive au sens d’une infraction délibérée et sans égards pour lui. C’est une révolte contre l’être, une violation de la positivité, un outrage au bien, une désobéissance à la loi. Ce que l’on veut détruire c’est l’être, mais l’être est en soi indestructible, de sorte que l’on obtient tout au plus la destruction de l’être en nous-mêmes; ce qui signifie que, voulant détruire l’être, on ne détruit que l’être dans la liberté, c’est-à-dire que l’on obtient la destruction de la liberté moyennant un acte de liberté. Ce que l’on voulait détruire est la liberté originaire, mais celle que l’on finit par détruire n’est que la liberté individuelle, de la même façon que la volonté de destruction totale n’a eu d’autre effet que son auto-destruction. Et à l’inverse, on doit dire que derrière chaque acte d’auto-destruction, derrière chaque perte individuelle de liberté, ce que l’on poursuit en fait et que l’on veut profondément, c’est la destruction totale et la réduction universelle à l’état d’esclavage.
La liberté est même libre de ne pas être libre, et c’est toujours par un acte libre qu’elle se nie comme liberté, devenant ainsi puissance de destruction, au double sens d’auto-destruction et de destruction totale. D’où l’ambiguïté aussi bien de la liberté que du mal: d’un côté, la liberté qui veut détruire l’être finit au contraire par se détruire elle-même (issue inévitable de tout acte prométhéen, qui retourne contre soi l’arme tournée vers ce qui est au-dessus de lui), et, d’un autre côté, l’auto-destruction de la liberté est malgré tout toujours un acte libre et donc une auto-affirmation. L’être sort indemne de cette agression; ce qui en a souffert, en revanche, c’est sa présence dans la liberté. Si jamais quelqu’un en a subi les conséquences, c’est donc bien l’homme qui, loin de parvenir à détruire l’objet de sa révolte, s’est frappé mortellement lui-même — comme Raskolnikov qui voulait enfreindre un principe et au lieu de cela n’a fait qu’accomplir un acte doublement destructeur, tuer une vieille et surtout s’anéantir lui-même, se montrant ainsi tout autre qu’un surhomme, un vulgaire assassin, une "vermine" comme tous les autres. Ainsi son unique salut consiste désormais à ranimer et redonner force à cette liberté dont il a usé dans l’acte même qui l’a détruite.
C’est donc par un acte de liberté que la liberté se détruit elle-même; et comme la liberté négative est à la fois destruction et affirmation de soi, ainsi le mal est en même temps positif et négatif: positif en ce qu’il est réel, effectif, résultat d’une volonté, et négatif en ce qu’il est destructeur et anéantissant. D’où ce que l’on peut appeler la spiritualité du mal. Le mal authentique est celui qui est voulu comme tel et non à cause d’une équivoque, d’un mensonge ou d’une illusion qui fausserait momentanément notre jugement ou nos décisions. Le mal est voulu comme révolte: l’acte gratuit fait par simple désir de démontrer que l’on n’est pas, comme dit Dostoïevski, la simple touche d’un clavier ou, comme le suggère Baudelaire, accompli par "une impulsion mystérieuse et inconnue", pour rien, par caprice, par désœuvrement2; le mal pour le mal, pour le goût de la désobéissance, par volonté d’infraction, par plaisir de la cruauté, à cause du "démon de la perversité".
L’aspect le plus terrible du mal est justement sa spiritualité, qui consiste en son être conscient et délibérément rebelle, c’est-à-dire en cette manière d’abus et de défi arrogant qu’il manifeste ouvertement ou discrètement. Ici la décision est purement spirituelle, car ce qui est en jeu c’est la liberté pure. Rien n’est plus déraisonnable et en même temps plus irrésistible que de faire quelque chose parce qu’on ne doit pas le faire. Ainsi affirmer la spiritualité du négatif signifie en indiquer le caractère diabolique; et c’est bien cela l’essence du mal comme rébellion, ce qui fait qu’il a une nature démoniaque. Celle-ci d’ailleurs ressort avant tout du caractère tragiquement parodique du mal, chaque fois qu’il est comparé au bien, imitation, simulation ou contrefaçon du positif, suivant la conception du diable comme simia Dei [singe de Dieu]; par-delà les petites mesquineries, le véritable mal exige dévouement, ténacité, assiduité et constance, requiert des efforts qui coûtent des sacrifices, et jusqu’à une forme d’ascétisme qui impose des renoncements et exige des privations; en outre Lucifer reste toujours un ange et un prince même des ténèbres. Mais la nature démoniaque du mal culmine dans une force dévastatrice, au moyen de laquelle l’auto-destruction de la liberté négative se prolonge en une tentative de destruction universelle, comme un destin de mort qui se transformerait en un programme tragiquement apocalyptique.
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mardi, 20 juin 2006
Tout le monde est coupable
Le Cercle rouge
































