mercredi, 02 janvier 2008
Oscar Venceslas de Lubicz MILOSZ
L’esprit purifié par les nombres du temple,
La pensée ressaisie à peine par la chair, déjà,
Déjà ce vieux bruit sourd, hivernal de la vie
Du cœur froid de la terre monte, monte vers le mien.
C’est le premier tombereau du matin, le premier tombereau
Du matin. Il tourne le coin de ma rue et dans ma conscience
La toux du vieux boueur, fils de l’aube déguenillée,
M’ouvre comme une clef la porte de mon jour.
Et c’est vous et c’est moi. Vous et moi de nouveau, ma vie.
Et je me lève et j’interroge
Les mains d’hôpital de la poussière du matin
Sur les choses que je ne voulais pas revoir.
La sirène au loin crie, crie et crie sur le fleuve.
Mettez-vous à genou, vie orpheline
Et faîtes semblant de prier pendant que je compte et recompte
Ces fleurages qui n’ont ni frères ni sœurs dans les jardins,
Tristes, sales, comme ont en voit dans les faubourgs
Aux tentures des murs en démolition, sous la pluie. Plus
tard,
Dans le terrible après-midi, vous lèverez les yeux du livre
vide et je verrai
Les chalands amarrés, les barils, le charbon dormir
Et dans le linge dur des mariniers le vent courir.
Que faire ? Fuir ? Mais où ? Et à quoi bon ? La joie
Elle-même n’est plus qu’un beau temps de pays d’exil ;
Mon ombre n’est ni aimée ni haï du soleil ; c’est comme
un mot.
Qui en tombant sur le papier perd son sens ; et voilà,
O vie si longue ! pourquoi mon âme et transpercée
Quand cet enfant trouvé, quand frère petit-jour
Par l’entrebâillement des rideaux me regarde, quand au cœur
de la ville
Résonne un triste, triste, triste pas d’épouse chassée.
Te voici donc, ami d’enfance ! Premier hennissement si pur,
Si clair ! Ah, pauvre et sainte voix du premier cheval sous
la pluie !
J’entends aussi le pas merveilleux de mon frère ;
Les outils sur l’épaule et le pain sous le bras,
C’est lui ! c’est l’homme ! Il s’est levé ! Et l’éternel devoir
L’ayant pris par la main calleuse, il va au-devant de son
jour. Moi,
Mes jours sont comme les poèmes oubliés dans les armoires
Qui sentent le tombeau ; et le cœur se déchire
Quand sur la table étroite où les muets voyages
Des veilles de jadis ont, comme ceux d’Ulysse,
Heurté toutes les îles des vieux archipels d’encre,
Entre la Bible et Faust apparaît le pain du matin.
Et pourtant, ma vie, tu sais comme je l’ai cherchée
Cette mère du cœur ! Cette ombre que j’imaginais
Petite et faible, avec de belles saintes mains
Doucement descendues sur le pain endormi
A l’instant éternellement enfant du Bénédicité
De l’aube ; les épaules étaient épaules d’orpheline
Un peu tombantes, étroites, d’enfant qui a souffert, et les
genoux
Et dans le mouvement des joues et de la gorge
Pendant qu’elle mangeait, une claire innocence,
Une gratitude, une pureté qui faisait mal – ô
Vie ! O amour sans visage ! Toute cette argile
A été remuée, hersée, déchiquetée
Jusqu’aux tissus où la douleur elle-même trouve un sommeil
Dans la plaie
Et je ne peux plus, non, je ne peux plus, je ne peux plus !
Mon ombre n’est ni aimée ni haï du soleil
22:05 Publié dans De la poésie, Eloge des figures de l'écart | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : O. V. de L. MILOSZ, Littérature, Art, Poésie, Peinture
vendredi, 14 décembre 2007
Toute une vie en nous, non visible, circule...
Isabelle des Charbinières
Pourquoi ces accès d'ombre et ces accès d'aurore...
Encre
( 28 x 38)
© 2005
Et s'enchevêtre en longs remous intermittents ;
Notre âme en est variable comme le temps ;
Tantôt il y fait jour et tantôt crépuscule,
Selon de brefs et de furtifs dérangements
Tels que ceux du feuillage et des étangs dormants.
Pourquoi ces accès d'ombre et ces accès d'aurore
Dans ces zones de soi que soi-même on ignore ?
Qu'est-ce qui s'accomplit, qu'est-ce qui se détruit ?
Mais, qu'il fasse aube ou soir dans notre âme immobile,
La même vie occulte en elle se poursuit,
Comme la mer menant son oeuvre sous une île !
Georges RODENBACH
(1855-1898)
14:05 Publié dans De la poésie, De ma peinture | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, Art, Peinture, Encre, Littérature
mercredi, 12 décembre 2007
Etrange sont les voies nocturnes de l'homme
des armes de la mort, les plaines dorées,
les lacs bleus et par-dessus le soleil
encore plus sombre roule ; la nuit enserre
des guerriers mourants, la lamentation sauvage
de leurs bouches en éclat.
Mais en silence s'amoncelle au fond du pâturage
nuée rouge, là vit un dieu coléreux,
le sang est vidé, froid de lune
Toutes les routes débouchent dans la pourriture noire
Sous les rameaux d'or de la nuit et des étoiles,
Vacille l'ombre de la soeur au travers du bois muet
Pour saluer les esprits des héros, les têtes en sang
Et doucement sonnent dans les roseaux les flûtes
obscures de l'automne
Ô deuil plus fier autel d'airain
La flamme chaude de l'esprit nourrit aujourd'hui
une douleur violente,
Les descendants qui ne verront pas le jour.
Georg Trakl
23:05 Publié dans De la poésie, De ma peinture | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Peinture, Art, Poésie, Littérature
mardi, 10 juillet 2007
Martin Heidegger
Il quitte à sa porte le Jardin du Château et court vers les terres humides d'Ehnried. Par-dessus le mur, les vieux tilleuls du Jardin le regardent s'éloigner, soit qu'aux environs de Pâques il allonge son trait clair entre les champs déjà verts et les prairies renaissantes ou qu'à Noël il disparaisse derrière la première colline parmi les tourbillons de neige. A partir de la croix, il tourne vers la forêt. À sa lisière il salue en passant un grand chêne, sous lequel est un banc tout juste équarri.
Parfois reposait sur le banc tel ou tel des écrits des grands penseurs, qu'une jeune gaucherie essayait de déchiffrer. Quand les énigmes se pressaient et qu'aucune issue ne s'offrait, le chemin de campagne était d'un bon secours. Car, sans rien dire, il conduit nos pas sur sa voie sinueuse à travers l'étendue de ce pays parcimonieux.
C'est toujours à nouveau que la pensée, aux prises avec les mêmes écrits ou avec ses propres problèmes, revient vers la voie que le chemin trace à travers la plaine. Il demeure, sous les pas, aussi près de celui qui pense que du paysan qui s'en va faucher aux premières heures du matin. Plus souvent avec les années le chêne au bord du chemin ramène nos pensées vers les jeux de l'enfance et les premiers choix. Quand parfois, au cœur de la forêt, un chêne tombait sous la cognée, mon père aussitôt partait, traversant futaies et clairières ensoleillées, à la recherche du stère de bois accordé à son atelier. C'est là, dans son atelier, qu'il travaillait, attentif et réfléchi, dans les intervalles de son service à l'horloge de la tour et aux cloches qui, l'une comme les autres, ont leur relation propre au temps et à la temporalité.
Cependant, dans l'écorce du chêne, les gamins découpaient leurs bateaux qui, munis d'un banc de rameur et d'un gouvernail, flottaient sur la rivière Mettenbach ou dans le bassin de l'école. Dans ces jeux, les grandes traversées arrivaient encore facilement à leur terme et retrouvaient la rive. La part de rêve qu'elles contenaient demeurait prise dans le vernis brillant, encore à peine discernable, qui recouvrait toutes choses. L'espace qui leur était ouvert n'allait pas plus loin que les yeux et la main d'une mère. Tout se passait comme si sa sollicitude discrète veillait sur tous les êtres. Ces traversées pour rire ne savaient rien alors des expéditions au cours desquelles tous les rivages restent en arrière. Cependant la dureté et la senteur du bois de chêne commençaient à parler, d'une voix moins sourde, de la lenteur et de la constance avec lesquelles l'arbre croît. Le chêne lui-même disait qu'une telle croissance est seule à pouvoir fonder ce qui dure et porte des fruits ; que croître signifie : s'ouvrir à l'immensité du ciel, mais aussi pousser des racines dans l'obscurité de la terre ; que tout ce qui est vrai et authentique n'arrive à maturité que si l'homme est disponible à l'appel du ciel le plus haut, mais demeure en même temps sous la protection de la terre qui porte et produit.
Cela, le chêne le dit toujours au chemin de campagne, qui passe devant lui sûr de sa direction. Le chemin rassemble ce qui a son être autour de lui ; et, à chacun de ceux qui le suivent, il donne ce qui lui revient. Les mêmes champs, les mêmes pentes couvertes de prairies font escorte au chemin de campagne en toute saison, proches de lui d'une proximité toujours autre. Que la chaîne des Alpes au-dessus des forêts s'efface dans le crépuscule du soir, que, là ou le chemin se hisse sur une colline, l'alouette au matin s'élance dans le ciel d'été, que le vent d'est souffle en tempête de la région du village maternel, que le bûcheron, à la tombée de la nuit, traîne son fagot vers l'âtre, que le char de la moisson rentre à la ferme en vacillant dans les ornières du chemin, que les enfants cueillent les premières primevères au bord des prés, que tout le long du jour le brouillard promène sur la vallée sa sombre masse, toujours et de tous côtés c'est le Même qui nous parle autour du chemin.
Le Simple garde le secret de toute permanence et de toute grandeur. Il arrive chez les hommes sans préparation, bien qu'il lui faille beaucoup de temps pour croître et mûrir. Les dons qu'il dispense, il les cache dans l'inapparence de ce qui est toujours le Même. Les choses à demeure autour du chemin, dans leur ampleur et leur plénitude, donnent le monde. Comme le dit le vieux maître Eckhart, auprès de qui nous apprenons à lire et à vivre, c'est seulement dans ce que leur langage ne dit pas que Dieu est vraiment Dieu. Mais le chemin ne nous parle qu'aussi longtemps que des hommes, nés dans l'air qui l'environne, ont pouvoir de l'entendre. Ils sont les servants de leur origine, mais non les esclaves de l'artifice. C'est en vain que l'homme par ses plans s'efforce d'imposer un ordre à la terre, s'il n'est pas ordonné lui-même à l'appel du chemin. Le danger menace, que les hommes d'aujourd'hui n'aient plus d'oreille pour lui. Seul leur parvient encore le vacarme des machines, qu'ils ne sont pas loin de prendre pour la voix même de Dieu. Ainsi l'homme se disperse et n'a plus de chemin. À qui se disperse le Simple paraît monotone. La monotonie rebute. Les rebutés autour d'eux ne voient plus qu'uniformité. Le Simple s'est évanoui. Sa puissance silencieuse est épuisée.
Le nombre de ceux qui connaissent encore le Simple comme un bien qu'ils ont acquis diminue sans doute rapidement. Mais partout ces peu nombreux sont ceux qui resteront. Grâce à la puissance tranquille du chemin de campagne, ils pourront un jour survivre aux forces gigantesques de l'énergie atomique, dont le calcul et la subtilité de l'homme se sont emparés pour en faire les entraves de son œuvre propre.
La parole du chemin éveille un sens, qui aime l'espace libre et qui, à l'endroit favorable, s'élève d'un bond au-dessus de l'affliction elle-même pour atteindre à une sérénité dernière. Celle-ci s'oppose au désordre qui ne connaît que le travail, à l'affairement qui, recherché pour lui-même, ne produit que le vide.
Dans l'air, variable avec les saisons, du chemin de campagne prospère une gaieté qui sait et dont la mine paraît souvent morose. Ce gai savoir est une sagesse malicieuse1. Nul ne l'obtient qui ne l'ait déjà. Ceux qui l'ont le tiennent du chemin de campagne. Sur sa voie la tempête d'hiver et le jour de la moisson se croisent, la turbulence vivifiante du printemps et le déclin paisible de l'automne se rencontrent, l'humeur joueuse de la jeunesse et la sagesse de l'âge échangent des regards. Mais tout devient serein dans une harmonie unique, dont le chemin dans son silence emporte çà et là l'écho.
La sérénité qui sait est une porte donnant sur l'éternité. Ses battants tournent sur des gonds, qu'un habile artisan a forgés un jour en partant des énigmes de l'existence.
Des basses prairies d'Ehnried, le chemin revient au Jardin du Château. Franchissant une dernière colline, son étroit ruban traverse une dépression plate, puis arrive aux remparts. Il luit faiblement à la clarté des étoiles. Derrière le Château se dresse la tour de l'église Saint-Martin. Avec lenteur, presque avec hésitation, les onze coups de l'heure s'égrènent et s'effacent dans la nuit. La vieille cloche, aux cordes de laquelle les garçons ont eu leurs mains rudement chauffées, tremble sous les coups du marteau, dont nul n'oublie la silhouette amusante et sombre.
Avec le dernier coup le silence s'approfondit encore. Il s'étend jusqu'à ceux qui ont été sacrifiés prématurément dans deux guerres mondiales. Le Simple est devenu encore plus simple. Ce qui est toujours le Même dépayse et libère. L'appel du chemin de campagne est maintenant tout à fait distinct. Est-ce l'âme qui parle? est-ce le monde? est-ce Dieu?
Tout dit le renoncement qui conduit vers le Même. Le renoncement ne prend pas, mais il donne. Il donne la force inépuisable du Simple. Par l'appel, en une lointaine Origine, une terre natale nous est rendue.
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1. Littéralement : « Ce gai savoir est das Kuinzige. » Ce terme dialectal, propre à la Souabe du Sud (où se trouve Messkirch, ville natale de Heidegger), correspond étymologiquement à keinnützig, « bon à rien », « propre à rien », dont le sens est passé à celui d'« espiègle », « malicieux », et finalement désigne aujourd'hui un état de sérénité libre et joyeux, aimant à se dissimuler, marqué par une ironie affectueuse et par une touche de mélancolie : mélancolie souriante, sagesse qui ne se livre qu'à mots couverts. (Renseignements fournis par l'auteur.) (N.d.T.)
Ce texte a été écrit à l’automne de 1948 pour le Recueil commémorant le centième anniversaire de la mort du compositeur allemand Conradin Kreutzer, et publié dans ce recueil.
Tirage à part 1956 (chez Clostermann, à Francfort-sur-le-Main).
Traduction française par André Préau, publiée dans Heidegger : question III et IV, Gallimard, collection Tel numéro 172, Paris, 1990, ISBN-2-07-072130-2.
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lundi, 11 décembre 2006
Aristide Nerrière
Jour de pluie
Encre sur papier
( 25 x 32 )
© 2006
Glorifier les jours de pluie, les souhaiter longs et drus.
Simplement s'exuser auprès des oiseaux.
Tessons d'écume
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jeudi, 02 novembre 2006
Giacomo Léopardi
© 1999
Collection privée
L'INFINI
au-delà d'elle, dans ma pensée j'invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s'en faut
que le cœur ne s'épouvante.
Et comme j'entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l'éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m'est doux dans cette mer.
Musique :
Concerto en D Mineur par Allessandro Marcello, BWV 974
II. Adagio J.S BACH
Au piano et au fredonnement: Glenn Gould
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mardi, 17 octobre 2006
Victor Ségalen
08:05 Publié dans De la poésie, Eloge des figures de l'écart | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, Littérature, Photographie, Art, Peinture, Spiritualité
vendredi, 30 juin 2006
Marc Tesi
Long silence
Encre sur papier (29 x 38 )
© 2006
Qui n'a ni nom, ni forme, ni couleur,
Et qui ne s'ébruite jamais,
Car tel est son devoir, son ordre transcendant,
Le réveil des surprises est sa finalité humaine.
Editions Lacour-Ollé
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jeudi, 08 juin 2006
David Gattegno
Matrices d’ambiguës et sonores humeurs,
Patricien au sein de vie, père des grèves,
Là où, vert, tige exfoliée, l’homme se lève
Empanaché d’étoffes tissues de vapeurs.
Mâle est mon âge, femme mon acte; hommage!
À moi, dont la droite est un masque de lin
Et la côte gauche un reposoir féminin.
Monsieur, je n’agis pas – dame, je n’ai pas d’âge.
La mer, aux remuements pairs — sac et ressac —,
L’appât de la terre et les amas de terre sur moi
M’ont donné ce regard et m’ont fait cet émoi :
J’ai les yeux pairs, et l’onde amère des lacs
S’écoule de la robe et de la queue du frac.
Je traîne en vêtements les eaux de la naissance,
J’en change, nuitamment, épris d’obsolescence,
Sans cordes à mon arc, sans un tour dans mon sac.
Riche d’avoir paupérisé mon patrimoine,
Voué au célibat d’une chimie nuptiale,
À moi-même j’unis mon moi matrimonial,
Et dispose d’un or mélangé d’antimoine.
Une fée s’est penchée, jadis, sur mon berceau.
La baguette tendue, roide comme une épée,
Elle a tranché le nœud de ma virilité.
Comme habit de lumière elle a conçu mes os.
C’est la robe de lin immaculée des morts
Travestissant la vie qui me possède encor
En l’hiéroglyphe d’une voix sans vêture,
Nue, juste, unique de parole : “Je suis pur.”
19:05 Publié dans De la poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie




























