lundi, 09 juillet 2007

Quelle vanité que la peinture!

 

 

 

 

 

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 Philippe de Champaigne

 

 


" Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux!"

(Pascal, Pensées)

 

 

Les port-royalistes se sont beaucoup méfiés de l'art, soupçonné d'avoir pour fin la seule séduction des sens: "plus on donne aux sens, plus on ôte à l'esprit", disait Mère Angélique, et la peinture donne beaucoup aux sens, risquant ainsi d'arrêter sur la créature un regard qui ne doit porter que sur le Créateur. De plus, l'art menace de tromper, puisqu'il offre des simulacres sans consistance d'objets eux-mêmes de peu d'importance. L'art risque ainsi de détourner du dépouillement intérieur auquel oblige, aux yeux des augustiniens, la religion chrétienne. L'art est donc rangée au rang des "vanités humaines", c'est-à-dire de toutes les activités humaines qui ne sont qu'autant de pièges par lequel le diable espère nous prendre

Or, le moindre paradoxe n'est pas que la peinture, pourtant elle-même vanité, va se complaire, à l'époque baroque, à représenter la vanité, voire à mettre en abyme sa propre vanité, dans des représentations picturales

Le genre de la vanité est à la mode au XVIIe Siècle : inventé vers 1600, sous-genre de la nature morte, ils offrent des représentations des plaisirs du monde (nourriture, musique, jeux de carte, fleurs, bijoux, perruques), ou de la culture humaniste (livres ouverts, reliures, globes terrestres), au milieu desquels trône un crâne ou un sablier dont la fonction symbolique est de nous prévenir que nous sommes mortels, que les plaisirs et la science n’ont qu’un temps, et que tout s’achèvera pour nous dans la cendre du tombeau – memento mori. Elles figurent ainsi la leçon de l’Ecclésiaste : Vanitas vanitatum et omnia vanitas – richesses, plaisirs, devront céder devant l’inévitable triomphe de la mort, aussi convient-il de songer au salut surnaturel de notre âme, telle est la leçon chrétienne de ces tableaux de Vanités.

Philippe de Champaigne, qu'on considère comme le peintre de Port-Royal, a lui aussi peint une vanité. Elle est à la fois parfaitement conventionnelle, et absolument originale et révélatrice de la spiritualité de Port-Royal. Chez Champaigne en effet, on retrouve bien le crâne, figure emblématique de la mort, et condition du genre de la vanité, ainsi que le vase à la tulipe et le sablier, ces objets symbolisant la fuite du temps ou le dépérissement des biens terrestres. Mais ces objets ne sont pas représentés sur le mode du bric-à-brac hétéroclite et joyeux qu’affectionnaient les peintres de vanité, qui usent parfois de ce genre pour peindre avec un délice non dissimulé et quelque peu paradoxal dans ce contexte les joies de la vie terrestre et matérielle.

Rien ici n'est propre à allécher les sens et à détourner le spectateur de la méditation sur la mort qui compose le sujet du poème: les trois objets, isolés, posés sur une table d’autel, apparaissent sur un fond sombre qui souligne leur évidence terrible et l’inéluctable destin de chaque être humain. Dans cette image austère et qui se donne d’emblée comme d’inspiration religieuse, l’homme se trouve confronté à la brutalité d’un memento mori sans les adoucissements, les édulcorations ou les séductions habituelles à ce genre de peinture. Rien ne détourne d'une contemplation qui confine à la prière : on ne saurait mieux souligner combien le peintre refuse toutes les alléchantes séductions du monde, qui ne sont qu’autant de « divertissements » qui ne servent qu’à nous faire oublier notre vraie condition mortelle. Cette peinture au chromatisme sobre et d’où s’est retiré tout charme pictural fonctionne comme une invitation à faire l’expérience totale du dépouillement.

 

 

Source

 

samedi, 22 avril 2006

Autour du carré noir de Malévitch

 
 
Je me propose ici de vous présenter un texte à portée philosophique qui prend le peintre Malévitch comme point d’ancrage et exemple privilégié. Max Lector, son auteur, a par ailleurs écrit trois ouvrages. Le plus ancien, Apesanteur est un journal métaphysique, une sorte d’ovni littéraire proche de la poésie surréaliste en prose. Le flux d’une pensée qui sonde les ténèbres et parfois traverse des îlots de lumière brute. Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort de près est un roman qui relate le parcours à la fois tragique, humoristique et baroque d’un petit tueur à gage dont la rédemption passera par la pratique artistique. Mélange biscornu de genre policier et fantastique.
Les deux ouvrages précédents ne sont en vente que sur le net via l’éditeur en ligne Manuscrit.com http://www.chapitre.com/frame_rec.asp?sessionid=614159472...
système alternatif qui n’équivaut certainement pas un éditeur traditionnel.

Son dernier roman achevé Carré noir - pour lequel il cherche donc en priorité un éditeur - revendique, à l’instar du précédent, une influence essentiellement baroque. Il y est question en particulier d’un écrivain en manque d’inspiration (…) qui va entrer en contact avec un étrange groupe, la loge du carré noir… Ses membres suivent une forme d’enseignement inspiré du suprématisme, le mouvement philosophico - pictural fondé par le peintre Ukrainien Kazimir Malévitch (1878-1935).
Le suprématisme vise à créer une peinture absolument non objective. C’est à dire une peinture qui ne cherche pas à représenter les objets de la nature, de la réalité… Malévitch s’intéresse plus au rapport qui s’instaure entre les signes et cette réalité. Il vise le « zéro des formes » ou encore l’origine même de l’existence et de l’Etre. Démarche illustrée entre autre par son fameux quadrangle noir représentant un carré noir sur un fond blanc.
L’élève dissident de Malévitch (là commence la fiction) à l’origine de la fameuse loge s’inspira à son tour du suprématisme pour faire reculer encore d’avantage les limites de l’abstraction dans l’art en fondant le trans-nihilisme, une nouvelle approche qui pousse ses partisans à expérimenter des techniques de stimulation de la créativité quelque peu extrêmes comme le héros et narrateur du roman l’apprendra à ses dépens.


La quête poursuivie par Malévich et ses continuateurs étant universelle, elle conduira l’écrivain déstabilisé sur les chemins d’autres chercheurs d’exception attirés eux aussi par cette fameuse source. Le savant Nikola Tesla et son concept « d’énergie au niveau zéro » qui rêve d’alimenter la planète entière depuis une source d’électricité inépuisable ou encore le psychanalyste iconoclaste Wilhelm Reich qui en étudiant les mécanismes de l’orgasme découvre l’orgone et tous ces inventeurs plus ou moins pittoresques et allumés qui tentent de poursuivrent les travaux restés inachevés des pionniers précédemment cités.
 
 
 
 
 
 
 

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