jeudi, 31 août 2006
L'éthique de Tzara
Je remercie Tzara de m'avoir autorisée à reproduire l'échange qu'elle a eu avec jemedebat sur la note Tribune Libre concernant ce qu’est la femme. Cette note fait suite au débat qui s’était instauré entre GMC et Béatrice qui, je l’avoue fut en tout point remarquable. Cependant, il me semble que Tzara est allée plus loin dans la critique de la sempiternelle rhétorique "du chien qui se mord la queue".
En effet, elle a exposé avec talent et exigence les fondements d’une véritable éthique de nature philosophique et métaphysique qui excède très largement les discours gauchistes sur les femmes, dont on connaît parfaitement les limites, mais aussi les conséquences désastreuses sur la famille, la société, la spiritualité, mais plus grave encore le devenir de l’humanité. Cette éthique est, à mon sens un véritable manifeste, une lumière dans les ténèbres à l’usage des femmes du XXIe siècle qui en ont dramatiquement besoin. Le XXe siècle a vu les femmes s’organiser en mouvements féministes, plût au ciel que le XXIe voit l’avènement de « la femme debout » avant que d’autres nous dictent notre manière d’être, avec à la proue du navire une bien utile et attachante lumière pour toutes…et tous : Tzara.
En effet, elle a exposé avec talent et exigence les fondements d’une véritable éthique de nature philosophique et métaphysique qui excède très largement les discours gauchistes sur les femmes, dont on connaît parfaitement les limites, mais aussi les conséquences désastreuses sur la famille, la société, la spiritualité, mais plus grave encore le devenir de l’humanité. Cette éthique est, à mon sens un véritable manifeste, une lumière dans les ténèbres à l’usage des femmes du XXIe siècle qui en ont dramatiquement besoin. Le XXe siècle a vu les femmes s’organiser en mouvements féministes, plût au ciel que le XXIe voit l’avènement de « la femme debout » avant que d’autres nous dictent notre manière d’être, avec à la proue du navire une bien utile et attachante lumière pour toutes…et tous : Tzara.
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I. Affirmation de l’Ethique
Le rôle que joua la conscience, et en particulier la conscience morale, ce qu'Aristote nomme l'Ethique, ne fut pas anodin en ce monde. Notre attitude, engage l'ensemble de la communauté humaine. Nous ne sommes pas seuls et isolés, mais reliés, car vivants, à un tissu général d'idées, de pensées, de positions, etc. qui contribuent à l'avancement général du niveau "d'être" sur cette planète. Il ne s'agit pas d'agiter vainement et en permanence dans la rue, bien que parfois cela soit nécessaire, des pancartes - mais bien de réaliser, d'actualiser en soi-même le refus de la barbarie et de la violence, de se lever, et donc de "s'élever" contre l'abject.
Ce n'est pas seulement un débat fébrile et parfois ridicule des bons compatissants contre les méchants indifférents ou rieurs, ce qui a peu d'importance, surtout dans un univers de l'éphémère, de la virtualité, et du mensonge comme celui du Blog. Mais de faire naître en nous, en chacun de nous, l'homme qui est à naître - de ne point tuer la faible lueur que représente le pouvoir de s'indigner et de dire NON ! Il en va de nous, des générations futures et du devenir de l'essence effective de ce que signifie pour un "humain" d'être doté d'une intelligence réflexive et analytique.
l'homme, depuis l'origine, ne se résume pas à la biologie organique, mais il est d'abord une IDEE !
"Le logos est commun bien que la plupart vivent comme s'ils avaient une pensée propre. Parler avec intelligence consiste à s'appuyer sur ce qui est commun à tous. Pour ceux qui sont éveillés, il n'y a qu'un seul monde commun, c'est lorsque nous dormons que chacun reste enfermé dans le sien."
Héraclite
Ce n'est pas seulement un débat fébrile et parfois ridicule des bons compatissants contre les méchants indifférents ou rieurs, ce qui a peu d'importance, surtout dans un univers de l'éphémère, de la virtualité, et du mensonge comme celui du Blog. Mais de faire naître en nous, en chacun de nous, l'homme qui est à naître - de ne point tuer la faible lueur que représente le pouvoir de s'indigner et de dire NON ! Il en va de nous, des générations futures et du devenir de l'essence effective de ce que signifie pour un "humain" d'être doté d'une intelligence réflexive et analytique.
l'homme, depuis l'origine, ne se résume pas à la biologie organique, mais il est d'abord une IDEE !
"Le logos est commun bien que la plupart vivent comme s'ils avaient une pensée propre. Parler avec intelligence consiste à s'appuyer sur ce qui est commun à tous. Pour ceux qui sont éveillés, il n'y a qu'un seul monde commun, c'est lorsque nous dormons que chacun reste enfermé dans le sien."
Héraclite
II. Les limites du discours biologique
La méthode du laboratoire, l'observation du pur biologique, ne permet pas de poser la question fondamentale concernant l’homme ni, à plus forte raison de la résoudre, puisqu'elle se situe explicitement en deçà de tout engagement personnel, pour échapper, précisément, à la diversité des options philosophiques - opposées éventuellement ou, en tout cas, de niveaux différents - qui empêcherait d'aboutir à un langage commun.
Il est évidemment probable que le biologiste (ou le poète même le plus "anévrosé") le plus acharné à déclarer que l'homme n'est qu'un animal ou un primate se sentirait offensé si on l'assimilait lui-même à un animal ou un primate, en réduisant toute sa pensée ou sa poésie à un produit mécanique ou à une sécrétion glandulaire, ce qu'elles sont sans doute !
De fait, nous nous traitons nous-mêmes comme un laboratoire vivant, chaque fois que nous prenons une drogue pour combattre une migraine, surmonter une insomnie ou faire tomber une fièvre. Nous admettons donc, sans la moindre difficulté, cette part de robot, inhérente à nous-mêmes, comme un soubassement physico-chimique : dont nous n'avons à nous occuper que lorsqu'il est déréglé et pour pouvoir le plus vite possible, l'oublier.
Notre vraie vie est ailleurs, celle à laquelle nous sommes attachés et que nous considérons comme notre suprême bien. Elle se situe au niveau de ces valeurs, qui sous-tendent la conscience de soi où chacun se reconnaît et s'affirme.
La tentation est grande de nous réduire à un circuit, éphémèrement autonome, d'énergies qui viennent du cosmos et qui y retournent. Les lois qui régissent le phénomène humain ont, en effet pour les biologistes, la même saveur déterministe que toutes celles où ils cherchent à comprendre l'univers, en nous encadrant dans une chimie subtile, capable de modifier nos sentiments et nos idées comme elle fixe notre hérédité et concourt à notre équilibre physique.
Notre psychisme est d'ailleurs largement tributaire d'impulsions infantiles qui plongent dans une biologie primitive dont il est facile de déceler les racines et d'étiqueter les paliers : dans les groupes comme chez les individus. Des slogans passionnels agitent et orientent l'opinion, tandis que des chercheurs éminents, qui refusent de jouer aux prophètes, avouent leur incapacité de lui offrir une direction certaine dans l'usage de pouvoirs, dont les ultimes conséquences dépassent souvent leur savoir. Manière discrète de nous renvoyer à une morale, à une vision globale de l'homme, qu'aucun laboratoire n'est capable de fournir.
La biologie, comme telle, ne peut rien prescrire.
On peut, sans doute, sur un plan purement phénoménal, considérer l'espèce humaine comme le simple produit d'une évolution aveugle où des mutations accidentelles entraînèrent des transformation irréversibles, de même qu'un instinct aveugle impose encore l'existence à la plupart des individus. Il n'en reste pas moins qu'avec l'apparition de l'homme un hiatus se produisit par la prise de conscience qui ouvre le monde à nous-mêmes et nous-mêmes au monde. N'oublions donc pas, que si cette phrase à un sens, elle oblige à une attitude de génération de l'être qui dépend de la responsabilité de chacun, et la responsabilité s'exprime par l'Ethique, c'est ce qui distingue l'homme et la femme de l'animalité et de la biologie : "Nous ne sommes pas au monde, la vraie vie est absente". (Rimbaud).
Il est évidemment probable que le biologiste (ou le poète même le plus "anévrosé") le plus acharné à déclarer que l'homme n'est qu'un animal ou un primate se sentirait offensé si on l'assimilait lui-même à un animal ou un primate, en réduisant toute sa pensée ou sa poésie à un produit mécanique ou à une sécrétion glandulaire, ce qu'elles sont sans doute !
De fait, nous nous traitons nous-mêmes comme un laboratoire vivant, chaque fois que nous prenons une drogue pour combattre une migraine, surmonter une insomnie ou faire tomber une fièvre. Nous admettons donc, sans la moindre difficulté, cette part de robot, inhérente à nous-mêmes, comme un soubassement physico-chimique : dont nous n'avons à nous occuper que lorsqu'il est déréglé et pour pouvoir le plus vite possible, l'oublier.
Notre vraie vie est ailleurs, celle à laquelle nous sommes attachés et que nous considérons comme notre suprême bien. Elle se situe au niveau de ces valeurs, qui sous-tendent la conscience de soi où chacun se reconnaît et s'affirme.
La tentation est grande de nous réduire à un circuit, éphémèrement autonome, d'énergies qui viennent du cosmos et qui y retournent. Les lois qui régissent le phénomène humain ont, en effet pour les biologistes, la même saveur déterministe que toutes celles où ils cherchent à comprendre l'univers, en nous encadrant dans une chimie subtile, capable de modifier nos sentiments et nos idées comme elle fixe notre hérédité et concourt à notre équilibre physique.
Notre psychisme est d'ailleurs largement tributaire d'impulsions infantiles qui plongent dans une biologie primitive dont il est facile de déceler les racines et d'étiqueter les paliers : dans les groupes comme chez les individus. Des slogans passionnels agitent et orientent l'opinion, tandis que des chercheurs éminents, qui refusent de jouer aux prophètes, avouent leur incapacité de lui offrir une direction certaine dans l'usage de pouvoirs, dont les ultimes conséquences dépassent souvent leur savoir. Manière discrète de nous renvoyer à une morale, à une vision globale de l'homme, qu'aucun laboratoire n'est capable de fournir.
La biologie, comme telle, ne peut rien prescrire.
On peut, sans doute, sur un plan purement phénoménal, considérer l'espèce humaine comme le simple produit d'une évolution aveugle où des mutations accidentelles entraînèrent des transformation irréversibles, de même qu'un instinct aveugle impose encore l'existence à la plupart des individus. Il n'en reste pas moins qu'avec l'apparition de l'homme un hiatus se produisit par la prise de conscience qui ouvre le monde à nous-mêmes et nous-mêmes au monde. N'oublions donc pas, que si cette phrase à un sens, elle oblige à une attitude de génération de l'être qui dépend de la responsabilité de chacun, et la responsabilité s'exprime par l'Ethique, c'est ce qui distingue l'homme et la femme de l'animalité et de la biologie : "Nous ne sommes pas au monde, la vraie vie est absente". (Rimbaud).
III. Une quête de l’au-delà de l’être
Si la biologie d'un animal est close, s’il ne peut pas la juger, s’il ne peut pas la dominer, s’il ne peut pas la dépasser, s’il ne peut donc pas s'en détacher, c'est-à-dire qu'il est incapable de la transformer, s’il est scellé dans sa biologie d'une manière irrévocable, au contraire l'homme a une possibilité d'en sortir parce que, justement, sa biologie n'est pas close. Il peut prendre un recul par rapport à elle, il peut se suicider par exemple. Il peut refuser le jeu. Il peut refuser de vivre. Il peut faire la grève de la vie parce qu'il peut peser cette vie et la trouver trop légère, il peut peser cette vie et la trouver indigne d'être vécue - comme fait Hamlet à la fin de la tragédie de Shakespeare en déclarant que la vie est une histoire racontée par un idiot. L'homme peut donc se remettre en question car sa biologie ne le contient pas tout entier. Il peut en sortir et il doit en sortir parce que, s'il n'en sort pas, s'il s'enclôt dans sa biologie, alors il se détruira en la détruisant puisque cette biologie n'est pas capable de réaliser la pensée qui est suggérée par cette ouverture même. Il n’y a donc pas de normativité biologique pour lui, de normativité "factuelle" ou structurelle de primate mâle ou femelle, c'est une absurdité gigantesque de l'affirmer, une idiotie sans nom, et c'est là, profondément, ma radicale opposition avec les positions réductionnistes de nôtre poète : la biologie de l'homme au sens générique (féminin et masculin) invite à autre chose.
D’ailleurs ceux qui ont du caractère, qui ont un énorme tempérament, ne peuvent vivre dans leur biologie qu'en faisant tout sauter parce que la biologie, justement, est incapable de répondre aux appels même de la passion, parce que la passion dans une biologie ouverte ne peut pas s'y enfermer, elle veut quelque chose, elle veut l'infini, la totalité, l’absolu, dont elle est contaminée précisément par le voisinage de la pensée. De la sorte la biologie humaine à ce caractère particulier, ce caractère explosif et destructif que ne comporte pas la biologie animale qui ne réagit pas généralement quand elle n'est pas menacée et qui ne va pas au-delà des besoins présents. La biologie humaine, au contraire, et on ne peut le considérer comme relevant du pathologique, ne peut pas se satisfaire dans le besoin présent.
Si vous êtes sûr de manger maintenant, mais si vous êtes sûr de ne pas manger demain, votre repas d'aujourd'hui est empoisonné déjà par l'angoisse du lendemain. Si vous souffrez et êtes brisée, réduite à rien par des imbéciles et des crétins qui vous ont piétinée, qui ont souillé votre existence, alors ils vous ont anéantie et cassée, justement parce que notre biologie est ouverte et que cette ouverture est illimitée, débouchant sur une dimension à laquelle on vous empêche d'accéder en vous ramenant par contrainte et par la force à de la biologie pure (un cul, une femelle à baiser, etc.) ou un bon travailleur finalisé et robotisé rivé au système, consommateur à plumer... les situations peuvent varier mais l'exercice de la violence prend beaucoup de visages divers.
Il s'agit donc pour nous, hommes et femmes, en conclusion, non pas de nous conformer à une règle normative, mais de passer de cette biologie ouverte à la réalisation d'un véritable champ non clos qui ne peut s'accomplir que par un changement radical de notre moi, par le passage du moi biologique au moi valeur, au moi personnel, au moi universel, c'est-à-dire finalement au moi créateur connaissant et attentif à la situation proprement invivable dans laquelle est inscrite la vie de tous, hommes et des femmes. Hommes et femmes, maladroits, débiles, méchants, mesquins, minuscules, stupides au dernier degré, certes, mais que nous devons écouter non pas en les réduisant à un symptôme ou une animalité, mais en respectant, en eux, cette dimension dont ils sont le plus souvent ignorants, mais dont ils sont, malgré tout, porteurs et en laquelle réside toute leur dignité non pas d'animaux, de primates mâles et femelles, mais "d'êtres" en puissance non enclos dans leur biologie mais ouverts sur l'au-delà de "l'être".
D’ailleurs ceux qui ont du caractère, qui ont un énorme tempérament, ne peuvent vivre dans leur biologie qu'en faisant tout sauter parce que la biologie, justement, est incapable de répondre aux appels même de la passion, parce que la passion dans une biologie ouverte ne peut pas s'y enfermer, elle veut quelque chose, elle veut l'infini, la totalité, l’absolu, dont elle est contaminée précisément par le voisinage de la pensée. De la sorte la biologie humaine à ce caractère particulier, ce caractère explosif et destructif que ne comporte pas la biologie animale qui ne réagit pas généralement quand elle n'est pas menacée et qui ne va pas au-delà des besoins présents. La biologie humaine, au contraire, et on ne peut le considérer comme relevant du pathologique, ne peut pas se satisfaire dans le besoin présent.
Si vous êtes sûr de manger maintenant, mais si vous êtes sûr de ne pas manger demain, votre repas d'aujourd'hui est empoisonné déjà par l'angoisse du lendemain. Si vous souffrez et êtes brisée, réduite à rien par des imbéciles et des crétins qui vous ont piétinée, qui ont souillé votre existence, alors ils vous ont anéantie et cassée, justement parce que notre biologie est ouverte et que cette ouverture est illimitée, débouchant sur une dimension à laquelle on vous empêche d'accéder en vous ramenant par contrainte et par la force à de la biologie pure (un cul, une femelle à baiser, etc.) ou un bon travailleur finalisé et robotisé rivé au système, consommateur à plumer... les situations peuvent varier mais l'exercice de la violence prend beaucoup de visages divers.
Il s'agit donc pour nous, hommes et femmes, en conclusion, non pas de nous conformer à une règle normative, mais de passer de cette biologie ouverte à la réalisation d'un véritable champ non clos qui ne peut s'accomplir que par un changement radical de notre moi, par le passage du moi biologique au moi valeur, au moi personnel, au moi universel, c'est-à-dire finalement au moi créateur connaissant et attentif à la situation proprement invivable dans laquelle est inscrite la vie de tous, hommes et des femmes. Hommes et femmes, maladroits, débiles, méchants, mesquins, minuscules, stupides au dernier degré, certes, mais que nous devons écouter non pas en les réduisant à un symptôme ou une animalité, mais en respectant, en eux, cette dimension dont ils sont le plus souvent ignorants, mais dont ils sont, malgré tout, porteurs et en laquelle réside toute leur dignité non pas d'animaux, de primates mâles et femelles, mais "d'êtres" en puissance non enclos dans leur biologie mais ouverts sur l'au-delà de "l'être".
" Etre radical c'est prendre ce dont il s'agit à la racine,
mais
la racine pour l'homme, c'est l'homme même.
Cette phrase n'est pas une phrase politique, ou naturaliste, mais une phrase métaphysique (...)
Mon explication de l'homme, n'est donc pas politique, naturaliste ou biologique,
Mon explication de l'homme, n'est donc pas politique, naturaliste ou biologique,
elle a en vue l'être est la manière dont il se destine à son dépassement".
(M. Heidegger), Séminaire de Zärhingen - 8 septembre 1973.
Tzara le 31.08.2006
23:15 Publié dans De l'amour, Des femmes, Polémique | Lien permanent | Commentaires (59) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, philosophie, métaphysique, spiritualité, femme, polémique, réflexion





















